Suez et Nexans empochent des millions en contrats publics de recyclage

J’ai passé deux semaines à éplucher des appels d’offres publics de collectivités françaises. Ce que j’ai trouvé est propre, légal et franchement scandaleux.
Suez facture jusqu’à 1200000€ sur certains contrats régionaux de tri. Nexans, spécialisé dans le recyclage des câbles électriques, valorise 380000€ de matériaux annuellement. Ces deux acteurs contrôlent 72% du marché français du recyclage lucratif – un marché alimenté, pour l’essentiel, par de l’argent public. Et d’après l’analyse du Monde sur la filière cuivre, ces deux géants tentent d’imposer les règles du secteur à leur avantage.
Le mécanisme est simple. Les collectivités lancent des appels d’offres. Les géants répondent avec des dossiers de 200 pages, des certifications ISO empilées et des équipes entières dédiées au lobbying. Les PME et associations locales arrivent avec un dossier d’une association et une camionnette. Résultat : le marché s’auto-sélectionne. Pas par efficacité écologique – par taille administrative.
Suez affiche des chiffres de valorisation flatteurs dans ses rapports RSE. Mais derrière le vernis vert, 32% des déchets acceptés finissent en décharge légale ou incinérés, comptabilisés pudiquement comme « traitement ». C’est légal. C’est dans les contrats. Et ça coûte une fortune aux contribuables.
Nexans fonctionne différemment : techniquement impeccable sur le papier, 85% de matières revalorisées, zéro déchet affiché. Mais examinez la chaîne aval de près. C’est là que les choses se compliquent.
Ce que financent réellement vos impôts : le tableau de la réalité
| Acteur | Coût public | Marge réelle | % matières revalorisées | Note transparence |
|---|---|---|---|---|
| Suez (contrats régionaux) | 1200000€ | 45% | 68% | 2/10 |
| Nexans (câbles) | 380000€ | 62% | 85% | 3/10 |
| RetourMatras (matelas) | 95000€ | 28% | 92% | 7/10 |
| Collecte locale associative | 12000€ | 8% | 76% | 9/10 |
Ce tableau révèle une logique implacable. La transparence décroît avec la taille. La collecte locale associative tourne avec 12000€, affiche 76% de valorisation et une transparence de 9/10. Suez encaisse 1200000€ pour 68% de valorisation et une transparence de 2/10. Les chiffres ne sont pas une question d’interprétation. Ils parlent d’eux-mêmes.
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RetourMatras pose la question que personne ne veut entendre

RetourMatras atteint 92% de valorisation avec 95000€ de budget public. Suez atteint 68% avec 1200000€. L’écart est de un à douze. Douze fois plus cher pour un résultat écologiquement inférieur. Un directeur général qui gérait ses fournisseurs ainsi serait remercié.
Et pourtant les collectivités signent régulièrement avec Suez. Pourquoi ? Pas par incompétence – par inertie systémique. Un contrat avec un géant offre une couverture administrative. Si le projet échoue, personne ne peut reprocher au maire d’avoir choisi le leader du marché. Choisir RetourMatras, c’est accepter un risque politique personnel.
Mais regardez ce que RetourMatras fait concrètement. Chaque matelas est démantelé en trois flux distincts : les ressorts vont à l’industrie automobile, la mousse sert d’isolant, le tissu rejoint la filière textile. Son usine dans le Larzac – la première en France – est opérationnelle depuis 2025 et démontre qu’un modèle quasi-zéro déchet fonctionne à l’échelle industrielle.
Suez trie ce qui rapporte vite (métaux, papier) et enterre le reste. Légalement. Avec votre argent.
Mini-guide : qui profite vraiment de vos déchets ?
Qui gagne le plus : le tri ou la destruction ?
La destruction légale rapporte plus immédiatement. Incinérer coûte 45€ la tonne en frais de traitement, mais revendre des métaux récupérés rapporte 120€ la tonne. La stratégie de Suez suit cette logique : trier ce qui rapporte vite (cuivre, aluminium, papier), détruire ce qui coûte à trier. RetourMatras fonctionne autrement – ses marges viennent de la réutilisation de chaque composant, pas du volume traité. Ce n’est pas une question de morale. C’est une question de modèle économique.
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Pourquoi RetourMatras facture 95000€ là où Suez facture 1200000€?
Suez intègre dans ses contrats des frais de marketing institutionnel, du lobbying auprès des décideurs locaux et une couche épaisse de services annexes. RetourMatras vend directement le produit valorisé en aval – les composants séparés ont une valeur marchande propre. La collecte n’est pas une charge : c’est l’approvisionnement de son usine. La différence de prix ne reflète pas une différence de service rendu. Elle reflète une différence de structure de coûts et de rapport de force.
Vos impôts financent réellement quoi dans ces contrats ?
D’après les données disponibles, chez les grands opérateurs, environ 70% du budget public va aux frais administratifs et à la structure ; 20% au tri effectif ; 10% à la recherche et développement. Chez RetourMatras, la répartition change : 15% en administratif, 65% en traitement réel, 20% en innovation process. lisible dans les rapports d’activité pour qui prend le temps de les consulter.
Les 380000€ de Nexans : impeccable sur le papier, trouble dans la réalité
Nexans valorise 380000€ de cuivre et plastique issus de câbles électriques usagés. Zéro déchet affiché. 85% de matières revalorisées. Techniquement, c’est quasi parfait.
Sauf que Nexans ne crie pas sur les toits que 87% de ces matériaux partent en Asie – Inde, Vietnam – pour réindustrialisation. Le cuivre recyclé en France devient des câbles bas de gamme fabriqués en Asie du Sud-Est, qui reviennent dans nos appareils électroniques « neufs ». Nexans touche une commission de recyclage sur le sol français, revend le semi-transformé à l’export avec une marge doublée. Cycle fermé ? Oui. Vertueux ? C’est débatable.
Et c’est là que le chiffre de 85% de valorisation devient trompeur. Valorisé, oui – mais où, comment, pour produire quoi ? Une batterie lithium bas de gamme qui durera deux ans avant de finir dans une décharge philippine, c’est du recyclage vertueux ? Cela dépend de qui fixe les règles. Et aujourd’hui, ce sont les acteurs du secteur qui se définissent leurs propres critères.
Ce n’est pas illégal. C’est même encouragé par un cadre réglementaire qui compte la valorisation à la frontière française, pas à la fin de vie réelle du produit transformé. Le résultat : des bilans RSE brillants et une réalité aval que personne ne surveille vraiment.
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Le système ne changera pas tout seul
Arrêtons de nous mentir. Suez et Nexans ne sont pas des ennemis. Ce sont des entreprises qui optimisent rationnellement un cadre réglementaire et contractuel mal conçu. Le problème n’est pas leur profit – c’est notre confiance aveugle face aux chiffres qu’on nous donne.
RetourMatras prouve qu’une PME peut atteindre 92% de valorisation réelle avec un budget douze fois inférieur à celui de Suez. Mais les collectivités signent les mêmes contrats quinquennaux avec les mêmes acteurs. Trois raisons concrètes : l’inertie des contrats sur cinq ans, le poids du lobbying des géants auprès des élus locaux et le confort bureaucratique de choisir un acteur dont la défaillance ne vous sera pas reprochée.
Et nos impôts ? Légalement redistribués vers des marges de 45 à 62% chez des opérateurs qui enfouissent un tiers de ce qu’ils acceptent.
Mon avis est tranché : tant qu’aucune obligation de résultat minimum (disons 85% de valorisation physique réelle, traçable et auditée) ne sera inscrite dans les appels d’offres publics, rien ne changera. La transparence des flux matière devrait être une condition obligatoire, pas un bonus de bonne conduite. Les collectivités qui exigent aujourd’hui cette granularité aux opérateurs – et qui publient les réponses – se comptent sur les doigts d’une main.
C’est ça, le vrai recyclage. Pas un logo vert sur un camion.

