Le Royaume-Uni a délivré la première vraie autorisation commerciale en juillet 2026

Le 2 juillet 2025, l’Agence de santé animale et végétale britannique (APHA) autorisait la production et la commercialisation de viande de poulet cultivée en laboratoire. Un an plus tard, en juillet 2026, Meatly a obtenu une autorisation commerciale réelle sur le sol européen élargi – pour un produit de poulet cultivé destiné aux animaux de compagnie, vendu comme « haut de gamme » à deux chiffres d’euros par kilogramme.
Cette situation soulève également des questions sur le débat sur la liberté d’expression et les droits des individus.
C’est un chiffre qui résume tout : 307000€ le kilo en 2013, 15-20€ le kilo en 2026. La trajectoire technique existe. Et pourtant, le marché européen reste fermé.
Du côté de Bruxelles, deux entreprises ont joué le jeu réglementaire. Gourmey a déposé sa demande d’autorisation Novel Foods en juillet 2024. Mosa Meat a suivi en janvier 2025, première entreprise à soumettre un dossier pour du bœuf cultivé auprès de la Commission européenne. Résultat : les deux dossiers sont toujours en évaluation par l’EFSA. Ce cycle prend 18 à 24 mois. Aucune approbation avant 2026-2027, au mieux.
La Commission a rejeté en octobre 2025 la demande hongroise d’interdiction au niveau européen. Elle a estimé qu’une telle mesure n’était « pas nécessaire ». Rejeter une interdiction ne signifie pas approuver. L’Europe reste coincée : elle dit non au blocage, sans dire oui à l’avancée. Pendant ce temps, Meatly livre. L’asymétrie réglementaire entre Londres et Bruxelles se mesure désormais en rayons de supermarché.
L’Italie et la Hongrie ont interdit quasiment toute la filière cultivée
Deux pays ont décidé d’aller plus loin que l’hésitation européenne. Ils ont fermé la porte.
- Italie : premier pays européen à agir, avec une loi entrée en vigueur en décembre 2023, puis une interdiction formelle de production actée le 25 juillet 2024. Les amendes peuvent atteindre 60000€. L’interdiction est complète – pas une restriction, pas une mise en pause.
- Hongrie : deuxième pays à adopter une législation similaire, avec un vote parlementaire interdisant production et commercialisation. Budapest a aussi demandé à la Commission européenne, en 2025, d’étendre l’interdiction à toute l’UE.
La Commission a rejeté cette demande en octobre 2025, la qualifiant d’« injustifiée » et « pas nécessaire ». Mais cet épisode a des conséquences. Cette friction politique ralentit les procédures d’approbation. Les débats internes à Bruxelles sur la légitimité réglementaire consomment du temps et de l’énergie politique.
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Pour Gourmey et Mosa Meat, le tableau est clair : deux marchés nationaux fermés par décret, une procédure Novel Foods qui s’éternise et un coût réglementaire considérable pour naviguer dans un espace fragmenté où les règles changent d’un pays à l’autre. Construire une stratégie commerciale européenne dans ces conditions devient un véritable casse-tête.
Le Parlement européen a verrouillé le vocabulaire « viande » en juin 2026

560 voix pour, 75 contre. En juin 2026, le Parlement européen a approuvé une législation réservant les termes « viande », « bifteck » et « foie » aux seuls produits animaux traditionnels. La rapporteure Céline Imart a défendu cette décision au nom du « savoir-faire agricole » européen.
La conséquence est directe : une entreprise comme Gourmey ne pourra pas écrire « foie gras cultivé » sur ses emballages en Europe. Elle devra créer un vocabulaire parallèle, dans un marché où les consommateurs ne savent déjà pas très bien ce qu’est la viande cellulaire. Et pendant ce temps, au Royaume-Uni, Meatly peut appeler son produit ce qu’il est.
L’argument officiel invoque la clarté pour le consommateur. Mais l’étude de 2020 citée dans les débats parlementaires montre que 44% des Français et 58% des Allemands sont déjà prêts à tester la viande cultivée – ils savent donc ce que c’est. Le vote profite vraiment aux lobbies agricoles français et italiens, pas à l’acheteur au rayon boucherie.
44% des Français et 58% des Allemands sont ouverts, mais les barrières réglementaires freinent
Les chiffres d’acceptabilité viennent d’une étude de 2020 menée en France et en Allemagne. Ils contredisent frontalement la posture des gouvernements.
| Pays | Ouverture (2020) | Remplacement envisagé | Statut légal 2026 |
|---|---|---|---|
| France | 44% | 34% des mangeurs de viande | Autorisée, en attente d’approbation |
| Allemagne | 58% | Non spécifié | Autorisée, en attente d’approbation |
| Italie | Non mesuré | Non mesuré | Interdite (depuis déc. 2023) |
| Hongrie | Non mesuré | Non mesuré | Interdite (vote parlementaire) |
| Royaume-Uni | Non mesuré | Non mesuré | Autorisée (Meatly, juil. 2026) |
Le contraste est brutal. Les deux pays où l’acceptabilité consommateur est la plus forte – France et Allemagne – restent bloqués par le cycle d’approbation Novel Foods. Les dossiers de Gourmey (juillet 2024) et Mosa Meat (janvier 2025) traînent depuis plus de 18 mois. Jean-François Hocquette, chercheur à l’INRAE, a pointé un autre problème : 25000 articles de presse ont été publiés sur le sujet pour seulement 826 articles scientifiques depuis 1970. Le décalage entre bruit médiatique et base de preuve réelle nourrit la confusion – et donne des arguments à ceux qui veulent ralentir.
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Les coûts de production ont dégringolé, mais la demande sanitaire reste floue
Où en est le coût de production en 2026 ?
La chute est spectaculaire : 307000€ le kilo en 2013, 15-20€ le kilo en 2026. Meatly opère sur un segment « haut de gamme » à deux chiffres d’euros par kilogramme, ce qui reflète le coût de production actuel. L’économie d’échelle fonctionne, mais elle ne suffit pas à débloquer les autorisations.
Pourquoi l’EFSA met 18 à 24 mois pour évaluer ?
L’Agence européenne de sécurité alimentaire applique une évaluation complète obligatoire pour tous les nouveaux aliments (règlement Novel Foods). Mais le problème de fond existe : Noah Praamsma, du Comité des médecins, l’a bien soulevé : « les études évaluant les effets à long terme n’existent tout simplement pas ». Cette lacune scientifique est réelle et justifie la prudence – elle ne justifie pas l’inertie.
La production à grande échelle est-elle réaliste ?
Selon une étude McKinsey publiée en 2021, atteindre 0,4% du marché mondial de la viande en 2030 nécessiterait 22 fois plus de capacité en bioréacteurs que l’industrie pharmaceutique mondiale actuelle. La scalabilité reste théorique. C’est un argument sérieux – que les partisans minimisent trop souvent.
L’Europe est divisée entre blocage politique et pragmatisme commercial
Bilan de juillet 2026 : le Royaume-Uni avance, l’Italie et la Hongrie ferment, Bruxelles tourne en rond. La Commission a refusé l’interdiction générale demandée par Budapest en octobre 2025 – c’est positif. Mais elle laisse Gourmey et Mosa Meat attendre depuis 18 mois et plus, sans signal d’accélération.
Le vote du Parlement en juin 2026 – 560 voix pour, 75 contre – sur la restriction du vocabulaire ajoute une couche de protectionnisme. Et les start-ups européennes répondent de manière logique : elles regardent ailleurs. Le marché britannique est ouvert. Singapour a autorisé la viande cultivée dès 2020. Israël investit massivement dans la filière.
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Mais l’Europe accumule les obstacles : interdictions nationales, procédures interminables, restrictions de dénomination. Ce n’est pas une politique. C’est de la fragmentation par défaut.
Avis : l’Europe a choisi de perdre cette bataille technologique par idéologie
Je vais être direct. En juillet 2026, le tableau est lisible pour qui veut le voir. La Commission rejette l’interdiction hongroise – admettant implicitement qu’il n’y a pas de danger réel justifiant un blocage. Mais elle laisse les dossiers de Gourmey et Mosa Meat croupir en procédure depuis plus d’un an et demi. C’est une position intellectuellement incohérente.
Le Parlement vote pour protéger le mot « viande ». L’Italie vote pour interdire la production. La Hongrie vote pour interdire la vente et tente d’entraîner l’Europe entière. Ces trois mouvements partagent un point : aucun ne relève de la science alimentaire. C’est la pression directe des lobbies agricoles français, italiens et d’Europe centrale.
Jean-François Hocquette (INRAE) a raison sur le diagnostic : 25000 articles de presse pour 826 articles scientifiques, c’est un terrain fertile pour la peur irrationnelle. Mais la réponse réglementaire européenne ne comble pas le manque de données – elle utilise l’incertitude comme prétexte pour ne rien faire.
44% des Français et 58% des Allemands seraient prêts à tester. Le coût est passé de 307000€ à 15-20€ le kilo. Mais le marché légal reste fermé. Et pendant ce temps, Meatly vend à Londres.
L’Europe ne rate pas cette technologie par manque de chercheurs ou de capitaux. Elle la rate parce qu’elle a choisi de protéger une filière établie plutôt que d’en construire une nouvelle. C’est un choix. Mais il faudrait au moins l’assumer franchement.

